Copyright © 2020, Med Kamel YAHIAOUI

Tous droits de l’auteur réservés dans tous les pays.

Éditions : BOD / DZWEBDATA, France

Impression : BOD gmbh, Allemagne

Distribution : SODIS

Dépôt légal Mars 2020, France

ISBN : 9782322195572

Books on Demand GmbH

Doutez que les étoiles ne soient de flamme, doutez que le soleil n’accomplisse son tour, doutez que la vérité soit menteuse infâme, mais ne doutez jamais de mon amour.

William Shakespeare

Préambule :

De l’adolescence à leur âge adulte, Madeleine et Caramel, communément appelé l’indigène, entretiennent un amour indéfectible dans un monde où tous les gens se honnissent.

Leur amour subsistera-t-il à une multitude d’obstacles qui s’opposent à leur union ?

Leur amour intense triomphera-t-il malgré les innombrables embûches, le poids des traditions, la différence socioculturelle et les accidents de la vie qui se dressent sur leur chemin ?

Arriveront-ils à préserver leurs promesses juvéniles

Lui :

– Tu, es dans mon cœur, je l’ai scellé, aucune autre femme n’y pénétrera.

Elle :

– Mon cœur est à toi seul, à aucun homme d’autre que toi.

Un amour semblable à celui de Roméo et Juliette, sans la fin tragique des amants, heureusement.

Sommaire

Chapitre I

Enfin, les vacances scolaires de l’été viennent de commencer.

Madeleine se prépare à passer des vacances chez sa grand-mère, je ne la reverrais que dans deux mois.

Nos amourettes interrompues, nous nous sommes promis de nous écrire aussi souvent que possible.

Madeleine m’avait noté l’adresse de chez sa grand-mère, j’avais fait de même pour la mienne.

Madeleine m’écrivait une semaine plus tard, elle s’était rendue à Paris avec sa tante pour un séjour d’une semaine, elle fut impressionnée par cette ville.

Elle me décrivait l’immensité de la ville, ses visites aux châteaux et aux musées et les distractions nocturnes dans un Paris illuminé.

Sa seconde lettre contenait trois pages écrites à la manière des punitions que nous assignaient les instituteurs à l’école. La première contenait cent lignes de (je t’aime), la seconde cent (mon amour), la dernière cent (tu me manques).

Quant à moi, mes parents avaient pris l’habitude de m'éloigner du village où nous habitions, car, disaient-ils, j'étais un peu turbulent, à vrai dire, je ne me plaignais pas d'une telle décision.

Chez ma grand-mère, la ferme m'offrait l'immensité de l'espace, contrairement à l'étroitesse des rues de mon village, et je m’en donnais ainsi à cœur joie pour faire des bêtises, sans avoir les parents sur le dos.

J’écrivais des lettres à Madeleine, pour lui décrire comment se passait mes vacances, surtout mes sottises, je lui rapportais que :

Les enfants indigènes de la ferme attendaient la venue de cet extraterrestre que je suis, tant ils étaient impressionnés par mes extravagances d'enfant de la ville au fil des étés.

Comment veux-tu qu'ils ne l’aient pas été quand, dès mon arrivée parmi eux, je leur avais demandé où se trouvaient les toilettes alors que nous étions en plein champ, transformé de manière improvisée, en un terrain de jeu.

Déjà, fallait-il leur expliquer ce qu'étaient des toilettes en ville, qu'ils ne connaissaient guère.

Subtilement, un des enfants s'éloigna du groupe à une dizaine de mètres, releva légèrement sa gandoura des deux côtés et s'accroupit pour me montrer comment on s'y prenait pour faire ses besoins à la campagne.

Je lui disais que j'avais transformé l'abreuvoir des animaux en une piscine et avais vidé, en barbotant, son contenant d'eau, dont ces mêmes enfants devaient remplir les bassins, en allant puiser cette eau à environ un kilomètre de là, à pied, dans des bidons plus lourds qu’eux.

Ce jour-là, ils l'avaient mauvaise et je n'avais échappé à leur punition collective que parce que j'étais le petit-fils de la grand-mère, propriétaire de la ferme.

Ou encore, la raclée que m’avait donnée la grand-mère le jour où j’avais arraché et éventré pas moins de cinquante pastèques dans le champ des melons, parce qu'aucune n'était assez sucrée à mon goût.

C’est ce genre d’anecdotes que je racontais dans mes lettres à Madeleine, avec à la fin de chaque lettre, le verbe aimer au passé, présent et futur.

Nos lettres commençaient toujours par Salut et non pas mon amour comme les grands.

Pourtant, à notre âge déjà, notre amour était aussi fort, sincère et peut-être même plus fidèle que celui des adultes, quelquefois hypocrite.

Les camarades qui habitent la ferme que l'on appelle, les d’indigènes comme moi, étaient évidemment bien différents, des camarades européens que je côtoyai, à longueur d'année au village, soit à l'école ou dans le quartier comme Gabriel et Madeleine, les enfants du vétérinaire, François et son frère Fernand (que nous appelions le cancre) car il avait trois ans de plus que notre moyenne d’âge, fils de Gaston, l'adjoint au maire, Jean et Antoine, les fils du garde champêtre, ou encore Saïd, le gaillard qui à 13 ans, en imposait par sa stature d'adulte.

Autant les premiers me scrutaient subrepticement et avec envie, comme si j'étais un nanti, pour les seconds, j'étais en quelque sorte le petit indigène rigolo et sympathique, différent des autres enfants de ceux que l'on appelait communément comme moi, les indigènes.

Il faut dire que pour gagner leur amitié et surtout la tolérance de leurs parents afin de pouvoir fréquenter leur progéniture, il fallait faire montre de qualités méritoires.

D'une famille à la notoriété morale sans équivoque, cette position était certes intéressante, mais insuffisante pour être admis parmi la classe des civilisés.

J'avais réussi avec insistance à persuader mes parents de troquer mon mode vestimentaire d’indigène, chéchia et gandoura, contre culottes courtes et chemisette et je m’étais promis, pour faire bonne figure et braver les clichés d'infériorité, d'être sur le podium des bons résultats scolaires.

Madeleine occupait une place importante dans mon cœur de bambin.

Aussi régulièrement que possible, je faisais tout ce qui pourrait attirer son attention vers moi ou la faire rire, je jouai souvent le pitre à l’école.

Singer ou tirer la langue derrière le dos du maître, sur l'estrade face à la classe, ce qui déclenchait à chaque fois un rire collectif.

Je me réjouissais que cela fasse rire Madeleine.

Une autre façon pour laquelle j’ai failli recevoir des gifles de sa part cette fois-ci ; je faisais tomber un crayon, me baissais pour le ramasser, tout en matant les dessous des jeunes écolières, et tout cela toujours en présence d'un public de bambins évidemment.

Ces pitreries à l’idée d’épater Madeleine, étaient souvent sanctionnées par une punition dans la cour de l’école.

Mais il y avait également une autre raison :

À la fin des cours, les enfants punis étaient retenus dans la cour de l’école.

Arrivait alors le gardien qui nous remettait un sandwich et repartait aussitôt.

Dans une salle contiguë, il y avait une table de ping-pong, des raquettes ainsi que des balles.

Une fois le gardien de l'école rentré dans sa loge, on se précipitait à l'intérieur de la salle de ping-pong pour jouer de longues parties pendant le temps que durait la punition, soit un peu moins de deux heures !

J'essayais de tenter Madeleine pour qu’elle soit également punie comme moi, pour nous retrouver tous les deux dans la cour en vain.

Dans cette même cour de l’école, au moment de la récréation du matin comme de celle de l'après-midi, on voyait toujours le même décor, une flopée de tabliers de couleur bleue pour les garçons et rose pour les filles.

Malgré la mixité, chacun tenait à son genre, les filles d'un côté, les garçons de l'autre.

Seule exception, Madeleine était intégrée dans notre groupe de chenapans, car son frère Gabriel en faisait partie.

Madeleine est assez mignonne, de longs cheveux noirs, des yeux clairs, un peu ronde, mais le critère de minceur n'était pas à la mode à cette époque, et à peine âgée de onze ans et quelques mois, comme moi.

J'étais précocement amoureux de cette fille et, malgré ma discrétion, cela n'échappait pas au regard méfiant de son frère Gabriel.

L'école était un des lieux où il était possible d’approcher le plus Madeleine, car si nous, garçons du groupe, pouvions nous retrouver dans le quartier pour jouer ensemble, les filles en étaient exclues, et celle qui osait le faire était traitée systématiquement de garçon manqué.

À propos de cette école, il y avait au moins six classes de différents niveaux.

J’étais le seul indigène à porter des habits et un cartable à l’Européenne, les autres petits écoliers indigènes, de condition modeste, portaient des vêtements fripés ou rapiécés, des calottes rouges comme couvre-chef et, en guise de cartable, un simple balluchon en tissu cousu par la mère.

Et si les tabliers obligatoires bleus ou roses leur servaient de cache-misère en classe ou dans la cour de récréation, c'est aux portes de l'école, à la sortie ou à l'entrée, que paraissaient ces injustes différences.

Ces enfants faisaient l'objet de toutes les brimades et moqueries de leurs congénères européens tant sur leurs habits qu'ils portaient que sur leur cartable.

Madeleine et moi prenions souvent leur défense par équité.

Un jour, un élève de la classe avait traité Madeleine de fille d’indigène.

Madeleine m’avait rapporté l’évènement en me désignant l’élève coupable.

À la sortie de l’école, je me suis précipité sur lui en lui assignant quelques coups.

J’étais fier de mon acte, Madeleine aussi.

Mais le lendemain, à la porte de l’école, le père de l’élève m’attendait, sans dire un mot, il me gifla à deux reprises.

C’est encore Madeleine qui accourra vers moi, me caressa les deux joues comme pour me consoler.

À propos de ces enfants, Il n'y avait pas que la différence vestimentaire, mais aussi les lieux de vie et les espaces de jeu.

Les enfants européens habitaient en général dans les beaux quartiers dans des villas, maisons ou bâtiments jouissant de tout le confort.

Les indigènes, eux, logeaient dans des baraquements ou gourbis en périphérie du village.

Les mieux lotis d'entre eux habitaient au village, dans des maisons basses dites arabes, des chambres construites en rez-de-chaussée autour d'une cour commune où se trouvaient un cabinet de toilette et un robinet d'eau courante à usage collectif.

C'est d'ailleurs dans ce genre d'habitation que j’étais né et vis encore avec mes parents.

J'étais un des rares enfants indigènes à fréquenter les camarades européens de l'école, probablement par mon zèle à vouloir leur ressembler.

J'allais souvent dans leur quartier pour y jouer et explorer des jouets que mes parents ne pouvaient m'offrir, tels un vélo ou une paire de patins à roulettes ou autre.

Bien évidemment, j'avais une nette préférence pour Gabriel et surtout sa sœur Madeleine, les enfants du vétérinaire.

Il y avait plusieurs raisons à cela.

D'abord, j'étais précocement amoureux de Madeleine et son frère Gabriel n'hésitait pas à me décourager dès qu'il apercevait un quelconque geste affectueux à l'égard de sa sœur.

Ensuite, le père de Madeleine m'avait adopté presque comme son troisième enfant, de même qu’il l'avait fait, une décennie plus tôt, avec mon grand-père, son compagnon de lutte pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Allemands.

C’était également lui qui avait favorisé mon inscription à l’école, sans quoi je serais resté analphabète comme les autres enfants indigènes.

La mère de Madeleine était également gentille avec moi, elle insistait toujours pour que je prenne le goûter avec ses enfants. Je dirais même que sa générosité suscitait une pointe de jalousie chez Gabriel, car elle me donnait toujours la plus grosse part de gâteau.

Un jour, Madeleine me susurra en cachette que sa maman avait dit à Gabriel que je n'avais pas la chance, comme lui, de manger souvent des gâteaux.

Les parents de Madeleine étaient la seule famille européenne à qui ma mère rendait visite.

Et pour cause, un jour, ma mère tomba malade et devait être conduite à l'hôpital de la grande ville proche en urgence. Son état ne lui permettait pas d'être transportée en bus.

Alors que je me dirigeais vers la station de taxis, au carrefour de la rue, je me trouvai nez à nez avec Madeleine et sa mère, panier de courses à la main.

Madeleine, voyant mon air désappointé, me questionna :

— Ça va, Caramel ?

C'est le surnom que Madeleine m'avait donné.

Je lui parlai de l'état de ma mère.

Je n'avais même pas fini ma phrase que sa mère me somma :

— Allez, viens vite avec nous !

En arrivant devant la porte de leur villa, elle donna le panier à Madeleine, lui demanda de ranger les courses, m'invita à monter dans la voiture garée juste à côté et démarra aussitôt.

Les voisins furent atterrés de voir cette Européenne venir secourir ma mère et ressortir, en la soutenant seule à bras-le-corps jusqu'à la voiture.

Depuis ce jour mémorable, maman ne rata pas une occasion d’aller voir la mère de Madeleine et Gabriel soit pour l'aider à faire le ménage (sauf à nettoyer la croix de Jésus) ou les courses au marché.

Et gare à la mère, si elle tentait de lui donner de l'argent, maman le refusait systématiquement.

Maman réussit même à emmener la mère de Madeleine dans un hammam fréquenté uniquement par des femmes indigènes ; elle était la seule femme européenne parmi les fatmas !

Cette prouesse devint une légende dans le village, et il y avait de quoi.

Une de nos meilleures distractions, à Madeleine, Gabriel et moi, c'était quand les deux mères se parlaient.

L’une baragouinait un peu le français, l’autre un peu d'arabe.

À les entendre dialoguer, nous ne pouvions retenir nos éclats de rire en chœur.

Voilà donc pourquoi, j'avais un libre accès à cette immense villa des parents de Madeleine qui n'avait rien de comparable avec les deux chambres de la maison arabe où j'habitais.

De magnifiques meubles et ornements d'intérieur à l'avenant, que je regardais avec envie dès que nous pénétrions à l'intérieur de la villa.

Curieusement, je faisais le parallèle avec une histoire contenue dans mon livre scolaire, objet d'un précédent devoir, où il était écrit à peu près ceci :

Mon père est assis à table. Il lit son journal, grand-mère sur son fauteuil au coin de la cheminée tricote, maman prépare le dîner dans la cuisine.

Pensez-vous que je puisse disserter à l'école, sur un tel sujet quand, chez moi, mon père est analphabète, il n'y avait pas une table à manger, pas de fauteuil ni de cheminée, encore moins une cuisine !

À propos des devoirs, il m'arrivait parfois de les faire en compagnie de Gabriel et Madeleine.

Ma matière de prédilection était surtout l'algèbre, j'étais nul en géographie et pire en histoire.

Évidemment, j'apprenais à l'école que mes ancêtres étaient les Gaulois, les réputés druides, et que les habitations gauloises étaient plus développées que les grottes de leurs contemporains.

Et bien que je comparasse le druide guérisseur au charlatan marabout musulman du coin ou encore les gourbis indigènes aux huttes gauloises, cela n'expliquait pas ma prétendue filiation.

Côtés parents, quand je leur posais la question à propos des Gaulois, la réponse était des plus déroutantes. Mon père ressassait à chaque fois :

— Je n'ai jamais entendu parler de Gaulois, c'est une tribu de quelle région ça ?

Gaulois, Français ou indigène, une complexité d'identification qui expliquait probablement ma nullité en histoire !

C'est bientôt la rentrée scolaire et chaque famille se consacrait à la préparation de la rentrée de ses enfants.

Parmi notre groupe de camarades, certains entreraient en sixième au collège avec une certaine appréhension, d'autres, déjà expérimentés, passeront en cinquième cette année.

Le collège local était snobé par les villageois et on lui préférait les collèges publics ou privés de la grande ville sise à une quinzaine de kilomètres de là.

Des cars, assuraient la liaison entre la grande ville et le village toutes les demi-heures ainsi qu’un train, mais à des heures plus espacées.

Mais, il est fort à parier que Madeleine et son frère Gabriel feraient leurs études sous le régime de l'internat pour éviter les risques d'attentats qui visaient les moyens de transport.

Quant à moi, le choix était déjà fait, mes parents avaient opté pour le collège local, leur portefeuille ne leur permettant pas de combler mes espérances, d’aller dans un des collèges réputés de la grande ville.

Un souci constant ne cessait de me harceler depuis mon retour de vacances de chez grand-mère.

La reprise de contact avec mes camarades européens semblait se restreindre de jour en jour.

Les échauffourées entre autochtones et Européens, au début de cette sale guerre d’Algérie, avaient visiblement terni mon privilège de fréquenter mes camarades européens.

Les restrictions relationnelles imposées par leurs parents ainsi que les allusions présumant la communauté indigène coupable et suspecte ne faisaient que creuser un fossé entre nous.

Ainsi, des années durant, la guerre baptisée les évènements d'Algérie continuait à faire des ravages parmi la population des deux communautés et particulièrement celle des autochtones.

Entre-temps, nous, les enfants, prenions progressivement conscience de ces prétendus évènements qui venaient perturber notre amitié sans pour autant l’altérer fondamentalement.

Les bribes de discussions de nos parents entendues subrepticement à propos des évènements quotidiens nous interpellaient certes, mais pas au point de nous désunir.

Côtés adultes, les habitants du village, l'esprit d'amitié et les fêtes aux odeurs d'anisette d'antan avaient laissé place au scepticisme et aux affrontements d'opinions à propos de cette guerre, laquelle, au coin de chaque rue, nous narguait par la présence disproportionnée de militaires, de barrages et de fils barbelés en plein cœur du village pour, nous disait-on, pacifier et maintenir l'ordre en Algérie.

Cependant, personne n'était dupe, les autochtones voulaient obtenir leur indépendance, prendre leur destinée en main alors que la majorité des pieds noirs, communément appelés ainsi, voulaient maintenir à tout prix une Algérie française, comme elle l’avait été pendant plus de cent trente ans, ne cédant aucun de leurs privilèges aux indigènes.

Il y avait certes des hommes dotés de sagesse qui tentaient de concilier les deux communautés, mais leur voix était inaudible.

Exemple, le père de Madeleine, jouissant d'un esprit conciliant à toute épreuve, sa sagesse étant illustrée par sa propre métaphore que l'on aurait aimé la voir partager, il disait :

Dans le monument aux morts du village, quarante-trois noms de soldats figurent sur la stèle pour la libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Vingt-sept d'entre eux sont des indigènes et seulement seize Français. La France ne leur doit-elle pas cette liberté, alors qu'ils nous ont permis d'acquérir la nôtre ?

Chapitre II

De l'enfance, nous nous retrouvâmes quasiment adultes en troisième des collèges ou en seconde.

Nous avions gagné en taille et en maturité aussi.

Gabriel était devenu un colosse d'un mètre quatre-vingt pour ses dix-sept ans alors que je faisais quant à moi à peine un mètre soixante-dix.

Madeleine s'était considérablement affinée, elle était de plus en plus belle. Elle était à peu près de la même taille que moi et j’étais encore plus amoureux d'elle qu'à douze ans.

Son succès auprès des garçons était indéniable et cela me rendait horriblement jaloux, comme si elle était déjà mienne.

D'autant que la concurrence s'était enrichie de jeunes et beaux garçons militaires des contingents de l'armée dont le nombre avait quadruplé dans le village.

Gabriel et Madeleine suivront leurs études en internat comme prévu dans deux lycées de la grande ville et moi dans celui du village. Nous nous revoyons moins souvent que par le passé et seulement le week-end.