Ce tableau est du nombre des peintures si vantées des salles de Raphaël au Vatican; elles seraient les plus belles de l’univers si le temps, l’humidité, et quelques accidens ne les avaient fort altérées. Ce tableau est un des huit qui ornent la voûte de la chambre de la Signature, lesquels sont peints sur des fonds de mosaïque en or. Quatre de ces tableaux sont de forme ronde, et représentent la Théologie, la Philosophie, la Jurisprudence et la Poésie personnifiées par quatre femmes accompagnées d’enfans tenant des attributs caractéristiques. Placés au-dessus des célèbres fresques de la Dispute du Saint-Sacrement, de l’École d’Athènes, du Parnasse, etc., ils en forment en quelque sorte la légende. Les quatre autres tableaux de ce plafond sont de forme carrée; ils ont pour sujet: l’Astronomie, Apollon vainqueur de Marsyas, le Jugement de Salomon, enfin Adam et Ève, tentés par le serpent. Nous donnons ici la gravure de ce dernier, déjà reproduit dans la belle estampe de M. Richomme. Comme tous les ouvrages de Raphaël, on admire dans celui-ci la sagesse et la simplicité de la composition, la pureté des formes, la noblesse de l’expression, et cette grâce inimitable dont seul il a eu le sentiment. (V. pl. 2.)
La Vierge, debout dans un paysage, d’une main tient l’enfant Jésus par-dessous le bras, et de l’autre, qu’elle appuie sur la tête de Saint-Jean, elle semble lui faire entendre qu’il doit s’incliner devant le fils de Dieu. La pose des deux enfans est aussi aimable que gracieuse. — Derrière ces trois figures, dans un chemin montueux, on aperçoit Saint-Joseph à mi-corps.
Raphaël peignit ce tableau pour le duc d’Urbin. Celui-ci en fit présent au roi d’Espagne, qui, à son tour, le donna au roi de Suède Gustave-Adolphe, père de la reine Christine. Cette princesse, à qui l’on reproche d’avoir méconnu le mérite de plusieurs tableaux du Corrège qu’elle fit mutiler, eut pour celui de Raphaël une prédilection particulière: tout le temps qu’il fut en sa possession, on ne le vit qu’à travers une glace; elle le couvrait. Ce tableau devint ensuite la propriété de D. Livio Odescalchi, neveu d’Innocent XI; il passa des mains de ce dernier dans la collection du duc d’Orléans, régent. Il est passé en Angleterre avec quelques chefs-d’œuvre de la célèbre galerie du Palais-Royal. (V. pl. 3.)
La Vierge, avec cette figure douce et divine dont Raphaël a fixé le type, tient l’enfant Jésus sur ses genoux. Une légère auréole surmonte sa tête. Ce morceau exquis se distingue surtout par la beauté du dessin et le goût des draperies. Il est au nombre des chefs-d’œuvre du Sanzio. ( V. pl. 4.)
La Madeleine, retirée dans le désert, est étendue à terre, la tête appuyée sur son bras droit, et méditant sur les saintes Ecritures, dont elle tient le livre de la main gauche. Le champ du tableau est sombre; c’est un site spacieux avec des arbres et de la verdure.
Cette peinture est une des plus adorables du Corrège. — Ce qui étonne ici, c’est la facilité de l’exécution, l’empâtement des couleurs, la morbidesse des chairs, la grâce et l’intelligence du clair-obscur, et la beauté de la Madeleine. Ce tableau est dans l’ombre, à l’exception de la partie nue du corps de la pécheresse éclairée par une vive lumière. — Le contraste qui resulte de ce parti est augmenté par la robe bleu foncé dont la sainte est vêtue. — Des critiques ont blâmé cette vigoureuse opposition, l’incorrection des pieds: la tête est éclairée par le simple reflet du livre sur lequel elle est penchée; elle est d’un goût exquis, et révèle les plus grandes beautés du clair-obscur. — Ce tableau fut acquis par Auguste III, roi de Pologne, pour six mille écus d’or qui furent frappés exprès; on le mit sous verre, dans un cadre de vermeil enrichi de pierreries. C’est l’un des tableaux les plus précieux de la galerie de Dresde, si riche en productions capitales des plus belles époques de l’art.
Dimension, 1 pied 1 pouce sur 1 pied 6 pouces: peint sur cuivre. (V. pl. 5.)
Toutes les qualités de grâce indicible, de morbidesse, de charme et de vérité de couleur qui distinguent la manière d’Allegri sont réunies ici dans tout leur éclat.
Ce tableau est un des plus beaux du Musée. (V. pl. 6.)
Saint-Jean l’Evangéliste, le plus jeune des apôtres, est ici représenté à mi-corps, les mains appuyées sur un livre ouvert, et tournant ses regards vers le Ciel dont il paraît recevoir les divines inspirations. Au-dessus de sa tête plane l’aigle qui le caractérise; il lui apporte la plume avec laquelle il doit écrire son évangile. Près de lui est le calice d’où sortent des couleuvres qui rappellent le miracle opéré en sa faveur, lorsqu’après avoir consacré le précieux sang de Jésus-Christ dans une coupe empoisonnée à dessein, il n’en ressentit aucun mal, non plus que tous ceux qui avaient participé avec lui au saint mystère.
Ce tableau est du meilleur temps du maître. Son principal mérite est dans la sublimité de l’expression de l’Évangéliste dont la physionomie est empreinte de cette douceur, de cette candeur, qui distinguent l’apôtre chéri de Jésus-Christ, et dans la finesse, la pureté et la correction du dessin, la science du pinceau, et l’harmonie des teintes. Le vêtement de Saint-Jean est vert; la draperie qui passe par-dessus est rouge; le fond du tableau est brun. Ce tableau a appartenu au chevalier de Lorraine, puis au duc d’Orléans. (V. pl. 7.)
Les Sibylles anciennes prétendaient avoir le don de prédire l’avenir.